Paul CÉZANNE

par Hugues ROMANO

Le docteur Hugues ROMANO, est l’invité des Amis de Bernis pour une intéressante conférence sur Paul CEZANNE ; notre conférencier tient un cabinet d’ophtalmologie à Vauvert et nous l’avons déjà reçu pour nous parler de l’art roman. C’est dire que c’est un personnage que nous connaissons bien.

CEZANNE est né le 19 janvier 1869 à Aix en Provence, ville dans laquelle il fait ses études, puis il monte à Paris à la demande d’Emile ZOLA, avec lequel il se brouillera plus tard.
Dans une première période, il peint des natures mortes, surtout des pommes qui par un jeu savant de teintes prennent du relief et semblent se projeter vers nous.
Au 19 ème siècle, l’art pictural évolue, l’artiste ne raconte plus une histoire, il montre et peint ce qu’il voit. Des natures mortes, le pays d’Aix et la sainte Victoire, des portraits et des baigneuses
La couleur est la base même des tableaux et Newton, établit que la couleur résulte d’une interaction entre la lumière et la matière. Au 19ème siècle, vient s’ajouter une troisième composante : l’œil. CEZANNE maîtrise bien ces techniques.
Au fur et à mesure, la facture de CEZANNE évolue, il se débarrasse dans ses tableaux de tous les détails inutiles qui gênent la compréhension de l’œuvre, cela se ressent dans les diverses représentations de la sainte Victoire qui annoncent le cubisme. Il est le père de l’art moderne.

Après cette conférence, il est évident que l’on voit la peinture du maître sous un angle différent,  M° Romano est un spécialiste de l’histoire de l’art et le public est tombé sous le charme. Il a ensuite procédé à la signature de son dernier ouvrage : « 23 rue Boulégon »
                                                                                                                                             Bernard AUGIER

"Jardins secrets" du vigneron du Mas Madagascar

Film de Thierry Bourdy et Brigitte Peignard

Commenté par le propriétaire et acteur: Jean-Paul Cabanis

Nous avons diffusé vendredi 4 novembre à Bernis le film de Thierry BOURDY et Brigitte PEIGNARD « Jardins secrets » la séance fut suivie d’un débat avec son protagoniste principal, le vigneron du Mas Madagascar à Vauvert, Jean-Paul CABANIS petit-fils du fondateur du domaine familial, et du coréalisateur du film Thierry BOURDY.
Jean-Paul CABANIS, précurseur en terres de Costières, a choisi de se convertir au bio en 1986. Filmé pendant un an, il décrit dans ce documentaire cette aventure humaine, de la récolte à la production du vin, tout en évoquant ses souvenirs et son rapport à la nature.
« Dans ce lieu, et plus particulièrement dans ces espaces boisés qui nous entourent, j’ai eu le privilège, étant enfant, de passer des heures, des journées, à grimper dans les arbres, à courir dans les bois. Cette nature-là a toujours été évidente pour moi, au point que quand j’ai commencé à travailler en agriculture, je n’ai même pas pensé que l’on pouvait faire autrement qu’avec cette nature, cette globalité, cet univers. Et je pense que c’est le fil conducteur et le point de départ de mon intérêt, de ma curiosité et mon désir de pratiquer ce métier avec une façon de travailler qui respecte l’environnement »
Cette expérience de 30 ans encourage aujourd’hui le viticulteur à une activité de formation dans le domaine du développement durable.
« Je ne suis pas un naturaliste compulsif, à expliquer que tout ce qui est naturel est bon, mais je pense simplement que l’agriculture biologique consiste à voir quelles sont les forces de la nature, à les laisser exister, à les accompagner, et à aller dans ce sens-là »


Réalisateur professionnel, Thierry BOURDY a, de son côté, créé en 1977 l’association « l’œil écoute », l’une des plus anciennes structures de réalisation audiovisuelle régionale. Il travaille avec l’Education nationale en assistant des lycéens de Nîmes et de Bagnols-sur-Cèze, ainsi que des collégiens de Vauvert, à maitriser les techniques vidéo. Il est également président du jury du film taurin et camarguais de Saint-Geniès-de-Malgoirès, depuis sa fondation en 1998.
Le vignoble du domaine Cabanis occupe 17 ha et l’oliveraie 3 ha, sur les 30 ha de la propriété.
La gamme comprend une cuvée de garde Prestige « Jardin secret » rouge (syrah, mourvèdre et carignan) 3 cuvées Tradition AOC Costières de Nîmes rouge, blanc et rosé et 2 assemblages en rouge et blanc.


De KABOUL jusqu'à NÎMES

par Mohammad ZAMAN sur son livre " Dans le jardin de mon espoir"

« Je m’appelle Mohammad Zaman, j’ai 26 ans, je suis afghan. Mon métier de journaliste m’a contraint à quitter mon pays en 2009 car j’étais menacé par les talibans. Je construis aujourd’hui ma vie en France à Nîmes. Dans ce livre je raconte mon enfance en Afghanistan, mon parcours scolaire chaotique dans un pays en guerre, mon difficile voyage à travers l’Europe et livre une traduction française de certains de mes poèmes sur la guerre, sur l’amour, de dieu, des femmes, de l’éducation et de la liberté.



« Le lendemain soir, avec un nouveau moteur nous sommes repartis. Le voyage a duré trois heures environ. A chaque vague qui faisait monter de plus de deux mètres notre menue embarcation, nous nous disions que c’était la dernière. Vers les côtes, le vent poussait le bateau sur les rochers, plusieurs fois nous avons heurté les récifs. Pour finir il s’est cassé et nous avons dû nager. Les plus jeunes parmi nous avaient très peur. J’ai perdu ma chaussure et toutes mes affaires dans la mer.

Arrivés sur le rivage, les passeurs avaient disparu. Nous avons dû escalader les falaises. Sans chaussure, je me suis blessé et le sel de l’eau de mer coulant de mes vêtements trempés me faisait souffrir. Je me sentais néanmoins bien car je pensais être arrivé sur une terre accueillante »

Mais le voyage n'est pas terminé, de nombreuses difficultés vont apparaître....


"Sous le joug meurtrier" - Cambodge, 1975.

Dans l'enfer des Khmers rouges
par Chanta ANG

Chanta ANG aujourd'hui viticultrice à Castillon-du-Gard, a écrit un livre sur le calvaire vécu par sa famille et son peuple sous la dictature des Khmers rouges.

Longtemps Chanta Ang a cru qu'enfouir ses souvenirs au plus profond de sa mémoire permettrait de les éliminer. En vain... "Ils sont toujours là et ma souffrance avec." Elle a un jour décidé qu'il était temps de s'y confronter. D'affronter ce terrible passé qu'elle porte en elle, quoi qu'elle fasse, où qu'elle aille. Même à des milliers de kilomètres de son Cambodge natal.

Même quarante ans après. "J'ai pensé qu'écrire permettrait peut-être d'évacuer cette souffrance."

Séparée de sa famille, elle connaît le travail de force dans les rizières, la famine, la maladie, assiste à des tortures, des massacres d'une incroyable barbarie mais la pire atrocité est le meurtre et la torture de son jeune frère de 17 ans, parti essayer de troquer quelques grammes d'or contre un peu de riz pour ses parents. Une plaie à jamais ouverte pour Chantha Ang. "Chaque fois que je ferme les yeux, je vois mon frère. Sa douleur est tatouée dans mon cœur."

Réfugiée dans un camp en Thaïlande, Chantha Ang parviendra à partir pour la France en 1980 grace à un médecin de MSF.

Son livre, Sous le joug meurtrier, dans les rizières rouges, s'arrête à son arrivée en France mais son parcours n'a pas été facile ensuite. Chantha Ang n'est jamais devenue pharmacienne. Elle n'a pas pu reprendre ses études. Sans le sou, avec ses parents à charge, elle a dû se battre pour subvenir à leurs besoins. Chantha Ang va enchaîner d'innombrables petits boulots : garde d'enfants, tailleuse de pierres précieuses, aide à domicile pour personne âgée...En 2004, elle rencontre son compagnon et le suit dans le Gard. Ils achètent des vignes à Castillon-du-Gard. Elle n'y connaît rien "mais j'apprends vite". Là voilà viticultrice... Sur cette terre gardoise, Chantah Ang a trouvé un équilibre et même le bonheur avec un fils "un enfant miracle". Le contact avec la nature l'apaise, voir pousser ses vignes l'enchante mais, toujours hantée par les souffrances et les fantômes du passé qui la tourmentent toujours.
En 2010, elle est retournée au Cambodge, a revu des gens qu'elle a connus autrefois. Tous sont hantés par les mêmes souffrances. Certains n'arrivent pas à vivre avec et ont perdu la raison.
Au-delà de l'exorcisme d'une souffrance insoutenable, son livre est aussi un témoignage historique extrêmement précis sur une sombre période de l'Histoire. "Pour que de telles horreurs ne se reproduisent jamais."


Atelier Son et Image sur le film Rio Bravo

par Elisabeth Maurin et André Gardies

Après un atelier « initiation à l’analyse musicale » et un atelier « analyse d’images », André Gardies et moi-même avons réuni nos compétences le 25 mars en proposant un atelier « Image et son » autour du film « Rio Bravo.
 
              Ce western d’Howard Hawks tourné en 1959, est considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvre de ce genre, et systématiquement cité dans le « top 10 » des westerns de tous les temps. Film préféré de Quentin Tarantino, il y est fait référence dans des œuvres de cinéastes comme Samuel Fuller, Martin Scorsese, ou Jean-Luc Godard.

              Son succès tient en partie à certains aspects qu’André Gardies et moi-même avons essayé de démontrer dans cette causerie :

C’est un western et un anti-western :

              Western car le film déroule tout ce qui fait l'essence du genre : le générique déjà, avec ses montagnes en arrière-plan, la diligence arrivant de loin soulevant la poussière de la piste et la musique typiquement « western » avec son rythme qui évoque le pas des chevaux et sa mélodie à l’harmonica ; puis, la longue rue poussiéreuse, le saloon avec ses buveurs et ses joueurs, quelques Indiens, le shérif bon et droit, les méchants gangsters prêts à abattre lâchement le héros, des amis fidèles, une héroïne au caractère bien trempé, et un suspense qui va crescendo jusqu'à au brillant et explosif final.

Tout le long, les images dirigent habilement le regard du spectateur : dans la scène qui suit le générique, on entre dans le saloon avec l’anti-héros alcoolo Dude, et plusieurs détails nous situent le lieu, proche du Mexique : les femmes très brunes en robes à volants, des affiches de corrida au mur et une musique de type espagnol à la guitare.

Mais il y a aussi ce à quoi on fait rarement attention : le barbier, en arrière-plan, car l’œil du spectateur est happé vers le bas, vers le crachoir.

Autre exemple : quand Dude et le shérif à la recherche d’un bandit blessé entrent dans le saloon où ils pensent qu’il s’est réfugié ;

« Anti-western » car tout en jouant avec ces codes du western, le film ne les fait pas fonctionner comme d’ordinaire ce qui lui apporte une dimension d’humour particulièrement présente.

Parfois il grossit le trait du code : par ex. dans la présentation très théâtralisée du shérif héros au début : entrée brusque avec son coup de pied sur le crachoir (on ne voit que la jambe) puis un plan en contreplongée qui nous révèle le personnage – montage efficace - le tout uniquement accompagné de sons, (on ne peut pas vraiment parler de musique) qui ponctuent chaque geste, en l’absence de dialogue.
D’autres fois, il le joue en mineur : il y a des Indiens, comme dans beaucoup de westerns mais ici, ils sont à peine visibles, dans la rue.


Dans le même sens : la présence du barbier dans l’arrière-salle du saloon au début.

Il y a aussi les personnages et leur côté à la fois attendu et surprenant.

La musique

Elle a été composée par Dimitri Tiomkin (1894 – 1979), compositeur et producteur américain d’origine ukrainienne qui fut l’un des plus grands et prolifiques compositeurs d’Hollywood. Son importance aura été, pour le domaine du western, égale à celle de son confrère Bernard Herrmann (1911-1975) pour les films d’Alfred Hitchcock. Dans sa filmographie : Le train sifflera trois fois, de Fred Zinnemann, Règlements de comptes à O.K. Corral , entre autres…
Lorsqu’on demandait à Tiomkin comment lui, Russe, avait réussi à écrire de la musique de western plus vraie que nature, il répondait toujours : « Est-ce que, lorsque Johann Strauss a écrit Le Beau Danube bleu, on lui a demandé s’il savait nager ? »

La musique de Rio Bravo est un élément essentiel du film et son principal thème – une mélodie lancinante à la trompette appelée Degüello - reconnaissable entre toutes.
Son nom complet : « El toque a degüello » peut être traduit par « l'appel à l'égorgement » (de degollar = égorger). D’origine musulmane, (à l'époque où les Maures occupaient la péninsule Ibérique), il fut plus tard adopté par les armées espagnoles, notamment pendant les Guerres d'indépendance en Amérique du Sud.

Lors d'une attaque, cet air militaire pour tambours et trompettes exprimait la volonté de ne pas faire de prisonniers et massacrer tous les ennemis. Au Mexique indépendant, le « deguello » était une sonnerie jouée par la cavalerie.
En 1836, lors du Siège de Fort Alamo, le général Santa Anna, commandant l'armée mexicaine, donna l'ordre de jouer cet air sans interruption pendant plusieurs jours avant l'assaut final pour essayer de démoraliser les défenseurs texans dans un cadre de guerre psychologique. C’est ce que font les bandits dans Rio Bravo, quand ils font jouer cet air toute une journée et une nuit alors que le shérif et ses aides sont retranchés dans la prison. Si cette scène est un moment intense du film, l’arrivée de ce thème a été préparé pour l’oreille du spectateur (même procédé que pour le bock de bière) ; en effet, on en entend une citation lors de la promenade de Chance et Dude dans la ville, dans la première moitié du film.
Bien entendu le thème du film ne ressemble en rien au Degüello original que l’on peut écouter sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=BsSBC02irr4

Dimitri Tiomkin a composé une musique originale, au caractère dramatique.

Pour contrebalancer ce moment de tension, le film comporte une parenthèse musicale : alors que tout semble aller de mal en pis pour les assiégés, ils s'offrent un moment de détente ; Dude (Dean Martin) commence à chanter a cappella, puis c’est le tour de Colorado (Ricky Nelson) accompagné de Stumpy (Walter Brennan), dans « My poney, my rifle and me ».
Cette scène permet de faire chanter les deux chanteurs – acteurs du film : Dean Martin et Ricky Nelson, respectivement Dude et Colorado. Leurs contrats exigeaient qu'ils aient au moins un titre séparé chacun. Le jeune Ricky Nelson venait de faire un tube et deviendra une des grandes stars de la chanson américaine. Dean martin de son côté était dans le cinéma depuis plus de dix ans quand il tourne Rio Bravo. Walter Brennan, qui joue le troisième adjoint du shérif était également un excellent chanteur.
Howard Hawks déclarait quelques semaines avant sa mort « quand on a des gens de talent, on a le devoir de les utiliser ».