Dictée 2013

Christian Laborie est né en 1948 dans le Nord, à Tourcoing. Après des études d’histoire-géographie et une maîtrise de géographie rurale, il a enseigné dans le Pas de Calais pendant six ans, successivement au lycée de Carvin et au collège de Billy-Montigny, puis il s’est installé dans le Gard en 1978.
Cévenol d’adoption, il vit depuis cette date à Saint Jean du Pin entre Alès et Anduze, où il écrit depuis 1995. Ses deux premiers romans (Les Naufragés du déluge, et Dieu est toujours quelque part édité depuis sous le titre Le Brouillard de l’aube) ont été récompensés en 1997 et 1998 par une médaille d’argent et une médaille d’or de l’Académie internationale de Lutèce (Paris).
Aimant mêler son goût pour l’Histoire et pour la société des XIXe et XXe siècles, à sa façon de ressentir les Cévennes, il s’efforce à travers ses romans de faire découvrir à ses lecteurs ce qui fait l’authenticité de cette région.

À ce jour, il a écrit quinze romans dont l’Arbre à palabres qui a obtenu le troisième prix d’Arts et Lettres de France de Bordeaux et la médaille de bronze de la ville de Toulouse en 2000. En 2001, il a été lauréat, pour ce même roman, du Prix Découverte décerné par la Poste-France Télécom, et du Prix Mémoire d’Oc décerné par la CRAM de Midi Pyrénées en 2004, pour Le Chemin des larmes.
Depuis cette date, Christian Laborie s’est lancé dans le roman régionaliste. Il est publié par les Éditions De Borée, où il connaît un vif succès, avec quelques grandes sagas qui ont fait de lui un auteur reconnu du roman populaire : L’Arbre à pain, Le Chemin des larmes, L’Appel des drailles (2004), L’Arbre d’or (2007), Les Sarments de la colère (2009)…
Il est actuellement sociétaire de la SOFIA et se consacre uniquement à l’écriture depuis maintenant sept ans. Douze de ses romans sont actuellement publiés, deux sont en cours d’édition.

LA DICTEE

Nous parcourions, à l’entour des Baux-de-Provence, le pays baussenc où de tout temps se sont succédé les poètes occitans.  En quête d’un mas, tomba-t-il en ruine, qui convint à nos ressources pécuniaires, nous nous étions assuré l’aide d’un autochtone fringant, excellent, selon les ouï-dire et autres on-dit, aux affaires extravagantes, tels le drainage des résurgences dans les zones aquifères et l’asepsie des entreprises séricicoles. Nous croyions en l’effet convaincant de son esbroufe et de son bagout (ou bagou) pour le cas où nous louerions un gîte et conclurions un bail emphytéotique.
Le quidam nous mena, de cimes en thalwegs, jusque dans un vallonnement, au diable vauvert, où naguère il avait chassé à vau-vent, et où croissaient yeuses, myrtes et cytises, et des cistes agrippés au roc schisteux, et même un marronnier d’Inde aux thyrses violacés ou amarante.
Un bâtiment décrépi s’élevait sur un terre-plein jonché de tuileaux rose pâle et de faîtières ébréchées.  Une vieille catarrheuse sans appas mais non sans acné, portant bésicles (ou besicles), sarrau dégrafé et socques cloutés, entrebâilla l’huis, et nous invita, d’un sourire auquel manquaient trois dents, à pénétrer dans une salle tout abîmée communiquant de plain-pied avec des absidioles décorées d’haltères noirs, pendus là comme des ex-voto.
Dans l’office contiguë, la malpeignée nourrissait une chèvre bréhaigne, deux agneaux nouveau-nés couchés sur des bat-flancs, un jars, un verrat et quelques canards d’Inde.
— Cette métairie, nous expliqua-t-elle d’une voix tout heureuse, date des époques mêmes des schismes ariens.  Je la tiens de feu ma trisaïeule la diaconesse, qui s’en était arrogé les droits en avance d’hoirie.  Je me suis constitué une retraite par la cession sous seing privé de la nue-propriété : un bailleur de fonds, ancien quincaillier du bailliage, est depuis quelque temps mon débirentier.
— Au temps pour moi *, dit notre gardian, les yeux dessillés sur-le-champ.
Contrecarrés par le plus de contretemps et contre-ordres (ou contrordres) possibles, nous quittâmes ce repaire de cathares.
 
   * on n’écrit pas « Autant pour moi » mais bien « Au temps pour moi » 
Selon l'Académie française, « au temps » est une expression militaire signifiant qu'un des soldats n'était pas dans le temps en faisant un mouvement, et que l'opération doit être reprise depuis le début. Source : Wikipedia