Dictée 2014

A la rencontre de Michèle GAZIER et de son roman

" Un soupçon d'indigo"

Samedi 8 février 2014

     Michèle Gazier, née en 1946 à Béziers, est d'origine espagnole par sa mère, couturière, et catalane par son père, professeur. L'Andorre tient une place importante dans son cœur. Certifiée d’espagnol en 1970 elle enseignera cette langue en France pendant 13 ans. « Je ne serais jamais devenue professeur d'espagnol sans le mépris profond qui entourait cette langue et ceux qui la parlaient. " Une langue de vendangeurs, d'émigrés " disait-on chez nous. » Parallèlement, elle traduit des écrivains espagnols en français.
            En 1983, le journal Libération lui demande d'écrire des chroniques pour faire connaître la littérature espagnole, italienne, et portugaise avec laquelle elle est familière. La transition est toute trouvée ! Elle fait ses premiers pas comme critique littéraire et abandonne finalement son métier de professeur. Elle débute l'année suivante chez Télérama comme chroniqueuse…
            La critique l'ayant encouragée à l'écriture, elle s'y adonne tout naturellement.
 
            Nous avons choisi comme livre « support » de la soirée : Un soupçon d’indigo. Sur  l’île de Marie-Galante, avec Lucie, nous allons chercher qui était Maurice, son grand père disparu, rejeté aussi de la mémoire familiale après qu’il les eût abandonnés…Du bleu, des Noirs, des Blancs, du rhum, des illusions…

LA DICTEE

Ma chère Emma,
En d'autres temps, j'aurais commencé ma lettre par les doux mots "ma mie", et vous n'auriez pas ri de cet intitulé qui naguère n'évoquait ni la tendreté tiède du bon pain, ni la soie fatiguée, patinée d'une main d'aïeule. J'aime pourtant à croire que vous eussiez goûté la fraicheur de ce vocable qui, dans l'enfance, enchantait les contes que l'on vous narrait et que vous vous plaisiez à réciter d'une traite à l'adulte médusé qui vous les avait lus en ânonnant, ignorant assurément la déconcertante intelligence de qui découvre le trésor des mots et acquiert le langage.
Qui veut aujourd'hui vous séduire doit faire preuve d'imagination. Votre chair n'est hélas pas aussi faible que je l'eusse souhaité mais vous avez cependant lu trop de livres pour que je m'essaye à vous surprendre avec des citations mirifiques, des références savantes et inaccessibles à quiconque ne fréquente pas les enfers insoupçonnés des bibliothèques monastiques.

Aussi ne vais-je pas barguigner. Juste recopier pour vos beaux yeux qui mourir d'amour me font, le plus beau portrait d'amante de la langue française. Je ne vous ferai pas l'offense de vous en donner l'auteur. C'est une perle dont vous saurez apprécier la brillance, une top gemme dans la hiérarchie littéraire. Puissent les mots d'un autre vous conduire jusqu'à moi.
"Les ombres du soir descendaient; le soleil horizontal, passant entre les branches, lui éblouissait les yeux. Cà et là, tout autour d'elle, dans les feuilles ou par terre, des taches lumineuses tremblaient, comme si des colibris, en volant, eussent éparpillés leurs plumes. Le silence était partout; quelque chose de doux semblait sortir des arbres; elle sentait son coeur, dont les battements recommençaient, et le sang circuler dans sa chair comme un fleuve de lait. Alors, elle entendit tout au loin, au delà du bois, sur les autres collines, un cri vague et prolongé, une voix qui se traînait, et elle l'écoutait silencieusement, se mêlant comme une musique aux dernières vibrations de ses nerfs émus."