Dictée 2015

Ahmed KALOUAZ et son roman " Une étoile aux cheveux noirs"

le 7 février 2015

C‘est Ahmed KALOUAZ, qui est l’invité de ce soir. Il maîtrise de nombreux genres : Poésie, théâtre, et roman, il a publié une trentaine d’ouvrages et réside à Villeneuve les Avignon.

André GARDIES et Monique BARRIERE, organisateurs de la soirée, présentent l’auteur aux quelques 20 personnes venues faire la dictée, ils précisent que c’est un sportif confirmé, puisqu’ancien marathonien.

LA DICTEE

A la maison, tes phrases n'étaient pas celles du dehors, celles de l'échange, qui permettaient des achats chez les marchands ambulants, d'entreprendre des conversations sur la pluie et le beau temps. A celles-ci je préférais la langue des mots rares et faire rimer celle qui m'emportait déjà, peut-être ailleurs, un peu à l'écart de vous. Au village, les "camarades d'école", qui pouvaient vite devenir nos ennemis en ces temps de guerre d'Algérie, nous disaient souvent que nous parlions "comme une vache espagnole"! Pourquoi une vache, et pourquoi espagnole? Je n'ai connu le sens de cette expression que plus tard, essayant simplement à cette époque de manier un français capable de les épater, de leur damer le pion.
C'est pour éviter ces invectives que j'aimais t'entendre utiliser "leurs" mots. Il fallait bien qu'un jour, ils deviennent les nôtres.
Et mes mots, au matin, ces écrits raboutés où il se dit tant.
D'un présent claquemuré, ingouvernable, à ce passé, accordé à un narrateur qui doit vous ressembler ; rageur, sans amertume pourtant, parce que décidé à convertir, subvertir la langue, à faire rendre gorge à l'insulte, au mépris.
Et, au-delà, un horizon soyeux, dans l'attente des forces recouvrées, des douceurs offertes.
Un poème portrait, aussi, très au-dessus de son modèle ; en souhaitant à sa lecture, la ressemblance, abusive peut-être. Qu'il coïncide, le jour venu.
Avant de vous relire, une promenade au printemps, le torrent de l'Ourse, à Ferrère, puis, de la falaise de Troubat au château ruiné de Bramevaque. En sous-bois, des hêtres, le couvert épais et humide des feuilles tombées à l'automne, un fumet entêtant d'humus, de mousse, et l'eau qui ruisselle de partout ; les erythrones dent-de-chien,* aux feuilles effilées, mouchetées de pourpre, pétales d'un rose pâle, tant que l’on dirait des cyclamens décoiffés.
En s'écartant un peu du sentier, plaquées en rosettes sur la roche, les corolles améthyste des ramondies des Pyrénées, * rescapées des ères glaciaires. Mes préférées.
Je pars demain, quelque temps, pas longtemps.



* plante herbacée bleu violet, pousse en moyenne montagne